12 februari 2016

Vos enfants sont-ils suffisamment intelligents?

Nous évoquons l’avenir de nos enfants. Et c’est ainsi que nous en venons à parler des suites professionnelles. Nos enfants sont-ils bien suffisamment intelligents pour devenir à leur tour médecin ou journaliste? D’ailleurs quelle est la valeur d’un QI? Nous pourrions comparer le QI à la vitesse maximale qu’une voiture est capable d’atteindre. La vitesse moyenne est de 100. Si vous arrivez environ à 120, vous serez en principe capable d’accéder à notre domaine professionnel. Si vous arrivez à 160 vous êtres plus rapide que la moyenne. Mais si vous n’atteignez que les 80 il ne faudra plus participer à une compétition. Est-ce qu’une personne qui parvient à terminer ses études de médecine est plus que moyennement intelligente?

Et si c'est le cas, qu'est-ce qui vous rend dès lors aussi intelligent? Des «gènes intelligents» transmis normalement par les parents à leur progéniture? Ou alors serait-ce l'environnement dans lequel l'enfant grandit qui contribue à améliorer son intelligence?

Des scientifiques ont analysé le sang de 3.500 Anglais et Écossais, permettant ainsi d'obtenir l'équivalent d'environ un demi-million de marqueurs génétiques. A la suite de l'analyse de ce sang et d'un test d'intelligence, il est apparu que 40 pour cent de l'intelligence cristallisée (Gc: la capacité à utiliser les compétences, les connaissances et l'expérience) est déterminée par les gènes.

L'intelligence fluide (Gf), qui correspond à la capacité de raisonner et de penser abstraitement, dépend pour 51 pour cent des gènes. La partie restante de l'intelligence est déterminée par l'environnement du sujet: les gens qui vous entourent, le système scolaire, l'expérience que l'on acquiert. Selon le professeur Ian Deary de l'université d'Edimbourg et il est donc tout à fait possible que vous ayez des parents moins intelligents mais que vous vous soyez joués de vos gènes, «car la véritable intelligence est déterminée par l'interaction entre les gènes et votre environnement,» explique le professeur.

Mais j'ai cependant lu dans le magazine gifted@248 que les enfants (sur-) doués avaient besoin d'accompagnement pour bien utiliser dans la réalité de tous les jours leurs talents, leur intensité et leur créativité, afin qu'ils apprennent aussi comment affronter des défis et éviter de cette manière qu'ils ne livrent des prestations en-dessous de la moyenne.

Selon Tom Bouchard, professeur de psychologie à l'université du Minnesota, aux Etats-Unis, qui avait dans les années 80 soumis des jumeaux monozygotes à un test de quotient intellectuel, l'intelligence est sûrement héréditaire. Bouchard avait étudié des jumeaux qui avaient été séparés après leur naissance et qui avaient donc grandi séparément. Bouchard avait découvert que même après de nombreuses années de séparation et après avoir en conséquence grandi à art, les jumeaux examinés avaient encore un QI pratiquement identique. Il devait donc bien être question d'hérédité, avait conclu Bouchard, l'un des premiers à avoir tiré ses conclusions de mesures plutôt que de se contenter d'opinions.

La question de savoir dans quelle mesure l'hérédité joue un rôle est une question complexe. La Dr Daniëlle Posthuma de la Vrije Universiteit Amsterdam avait réussi son doctorat en défendant une thèse sur l'importance de l'hérédité dans les résultats des tests de quotient intellectuel.  Celle-ci n'est pas seulement étonnement élevée, a-t-elle constaté. L'influence de l'environnement et de l'éducation est exagérément surévaluée par les profanes. 688 personnes jeunes et âgées ont été étudiées par Posthuma  durant trois ans, celles-ci étant issues de familles où il y a eu au moins une fois des jumeaux. Notons que la doctorante avait, et c'est assez inhabituel, inclus aussi des frères et sœurs de ces jumeaux dans ses recherches. Ceux-ci partagent en moyenne la moitié des gènes.

Les facteurs d'environnement avec lesquels ils avaient grandi étaient pratiquement les mêmes. Ils sont, pour commencer, issus de la même matrice et de la même famille. Tous les participants ont été soumis au test de quotient intellectuel normalisé connu sous le nom de Wechsler Adult Intelligence Scale-III. Une première conclusion surprenante: les hommes ont en général obtenu de meilleurs résultats, ce que Posthuma a déploré, bien que cela l'ait aussi fait sourire. «Il semble que le score de QI est héréditaire dans 80 à 90 pour cent des cas. C'est énormément élevé. La différence d'intelligence entre les gens est notoirement déterminée dans une très grande mesure par la différence génétique. Et à peine par les influences directes de l'environnement, de l'entourage.» 

Posthuma: «Mais cela ne veut pas dire que l'environnement et l'entourage n'ont pas d'influence sur un score de QI. Mais on ne peut pas vraiment bien expliquer ou prévoir les différences entre les gens sur cette base.» Sur la base de deux propriétés qui ont potentiellement un rapport avec l'intelligence et qui sont aussi mesurés dans le cadre du test de QI – la rapidité et l'attention – Posthuma a ensuite constaté séparément qu'il s'agissait d'un facteur héréditaire. Les personnes qui réagissent plus vite sont en général plus intelligentes. Posthuma: «la rapidité avec laquelle une personne prend une décision était héréditaire à près de 50 pour cent. Il est intéressant de noter ici que la relation entre cette rapidité et le QI est à attribuer entièrement à des facteurs héréditaires. Il existe donc des gènes qui influencent à la fois la vitesse de réaction que le QI.» L'attention apparaît aussi comme étant largement déterminée par les gènes et avoir en même temps une relation avec le QI. Les gens intelligents ne sont nécessairement plus rapides que les gens moins intelligents, mais commettent moins d'erreurs parce qu'ils se laissent moins distraire. Et voici que nous arrivons à la partie délicate de la recherche.

Comme si l'intelligence et l'hérédité n'étaient pas déjà suffisamment controversées en soi, Posthuma a aussi effectué des recherches sur le lien qui pourrait exister entre la dimension du crâne et l'intelligence. Les mesures effectuées ont démontré que la dimension du cerveau est déterminée par l'hérédité et qu'un cerveau de dimension plus importante est effectivement associé à un QI plus élevé. Les volumes de la matière grise et de la matière blanche du cerveau sont déterminés à 90 pour cent par les gènes. La dimension des ventricules du cerveau est en revanche justement dépendante des facteurs liés à l'environnement. Posthuma souhaiterait maintenant étudier l'ADN des personnes qui ont participé à ses recherches.

Prenons par exemple le cas où l'intelligence est liée à un seul gène, dont il existe deux variantes: ‘A' qui est à l'origine d'un QI plus élevé, et ‘B' qui précisément reflète un QI moins élevé. Un parent intelligent (AA) et un parent moins éveillé (BB) devraient donc toujours avoir une progéniture d'intelligence moyenne (AB), mais les parents moyens (AB) pourraient peut-être avoir des enfants très intelligents (AA). Ou des enfants très peu évolués (BB). Il est vraiment impensable que l'intelligence soit liée à un seul gène. A vue de nez, il y aurait, selon Posthuma, pas moins de vingt gènes en jeu, qui auront chacun un effet relativement faible. Et même si ces gènes sont identifiés, l'intelligence de la progéniture demeurera tout simplement la loterie que notre Mère Nature avait envisagée.

L'intelligence nous permet en tous cas d'avancer dans la vie. D'après une étude américaine, les personnes issues d'un milieu social plus favorisé bénéficient ainsi d'un avantage au début de leurs carrières, mais c'est ensuite surtout l'intelligence qui permet aux gens de gravir les échelons. Mais cela présente aussi des désavantages: les gens intelligents sont craintifs, voire cauteleux. Plus les gens sont intelligents, plus ils souffrent de troubles liés à l'angoisse. Probablement que l'angoisse et l'intelligence ont évolué ensemble par le passé. La combinaison de sentiments d'angoisse et d'intelligence doit avoir été un avantage évolutionnaire pour nos aïeux. Les gens intelligents ont plus souvent que d'autres de nouvelles idées. Selon une étude américaine, il existe aussi un lien entre l'intelligence et le fait d'être progressiste.

Les jeunes gens qui se définissaient comme étant «très conservateurs» avaient en moyenne dans cette enquête un QI de 95. Les jeunes gens qui se considéraient comme étant «très progressistes » avaient un QI de 106. Mais il est plus important encore de noter que l'intelligence n'est pas une garantie de réussite. Il faut en effet être motivé. Une étude allemande a démontré que l'intelligence occupait une place d'autant moins importante en mathématiques que la motivation de l'élève était élevée. Malcolm Gladwell, l'auteur de «Outliers», est un adepte convaincu de la règle d'or des 10.000 heures: la réussite ne se confirme que si vous possédez vraiment bien une matière ou une activité et il vous faut pour cela avoir fait des exercices dans ce domaine durant 10.000 heures, ce qui revient à 3 heures par jour pendant 10 ans. Mais pour les réussites exceptionnelles, il faut remplir trois conditions: avoir du talent, des opportunités et avoir pratiqué.  

Le QI a aussi son importance d'un point de vue politique: les gens intelligents donnent l'impression d'être moins racistes parce qu'ils savent comment ils doivent s'exprimer dans ce domaine. Les gens intelligents feront donc mieux de masquer leur racisme. Les cohabitations intelligentes sont pourtant plus heureuses. Il existe un lien entre le degré de solidarité et d'études des différents pays et le facteur de bonheur. Le Bruxellois Willem Betz, professeur émérite en  médecine générale avait écrit un jour ceci: «Il y a dans chaque université un certain nombre de génies qui sont de véritables aigles dans un domaine spécifique, mais qui sont en revanche de véritables handicapés sociaux, qui présentent même des signes de dérangement dans leur comportement…» Ces aigles ne sont donc pas véritablement intelligents car David Wechsler, concepteur du WAIS et de la Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC), considère l'intelligence comme la faculté de pouvoir agir de manière appropriée, d'avoir une pensée rationnelle et de pouvoir appréhender efficacement les événements dans votre entourage.

La définition signée en 1994 par 52 psychologues de premier plan est encore plus étendue: «L'intelligence est une compétence mentale très générale qui rassemble entre autres: la capacité de raisonner, la capacité de planifier, la capacité de résoudre des problèmes, la capacité de raisonner dans l'abstrait, la capacité de comprendre des idées complexes et la capacité de tirer rapidement les leçons de ses propres expériences. L'intelligence n'est pas comparable la connaissance que l'on puise dans des livres ni à une compétence académique ou universitaire. L'intelligence représente bien plus que la capacité de bien réussir des tests d'intelligence, c'est une compétence bien plus large et polyvalente qui nous permet de comprendre notre environnement, de donner une signification aux choses et aux événements de de décider des actions à entreprendre.»  

«Mais est-ce bien nécessaire de mesurer tout ça?» Je me le demande. Le fait de mesurer un QI ne reflète qu'un moment éphémère. La maladie, les troubles du sommeil, le stress, l'angoisse de l'échec, l'impulsivité et la motivation, ou plutôt son absence, constituent tous des facteurs qui peuvent fortement influencer les résultats des tests. Vous pouvez aussi vous entraîner en vue de passer des tests de QI. Cela peut vous valoir jusqu'à 20 points de QI supplémentaires. Robert Sternberg, un très influent chercheur américain dans le domaine de l'intelligence, a confié il y a deux ans environ qu'il avait eu de mauvais résultats dans les tests de QI qu'il avait passés à l'école. Et cependant, l'homme a réussi ses études de psychologie au niveau universitaire, a décroché son doctorat et a même été jusqu'à devenir le directeur d'un institut de recherche à Yale. Pas étonnant donc que Sternberg ait consacré l'essentiel de sa carrière à dénoncer notre obsession du QI. Je ne peux que lui donner raison. Il semble d'ailleurs que la consommation d'alcool soit en définitive une bonne habitude. Cela est probablement dû au fait que l'alcool exerce un effet bénéfique sur nos artères (et donc sur l'alimentation en oxygène de notre cerveau) et que les buveurs modérés enregistrent donc de meilleurs résultats que les abstinents invétérés dans les tests de QI. CQFD.

Et c'est bien pour cela que notre petit cercle, ici au bord du coude de la rivière, exprime son enthousiasme avec une unanimité retentissante. Il ne nous reste plus à savoir quelle est la meilleure manière de boire l'Orval: à la température ambiante ou à la température de la cave. Voilà qui exige une enquête!   

Marc van Impe


Nederlandstalige versie: Zijn uw kinderen intelligent genoeg?

 

Source: MediQuality

 

19:11 Gepost door Marc van Impe | Permalink | Commentaren (0)