22 december 2015

Fraude aux CT-scans: "Les pommes pourries sont dans la corbeille depuis trente ans déjà"

Je n’ai pas été particulièrement étonné ni consterné par l’information selon laquelle des fraudes aux CT-scans représentant plusieurs millions d’euros ont été commises dans nos hôpitaux belges. Et je ne le suis pas moins non plus par le fait que les pouvoirs publics ne doivent pas compter sur les services d’inspection de l’INAMI pour dépister ces abus commis aux dépens de l’assurance maladie-invalidité. Cela résulte du fait que la fraude constitue une part fondamentale de la politique financière de nos hôpitaux. Ce n’est que maintenant, en effet, que le SECM (Service d’évaluation et de contrôle médicaux) a décidé de prendre l’affaire en main, ou plus précisément depuis que le travail préparatoire au changement du modèle de financement a réellement commencé, et qui va encore prendre toute une législature. Mais j’écarquille les yeux quand je lis que Raf Mertens, directeur général du KCE, et ancien responsable du service d’études de la MC, temporise aujourd’hui en déclarant qu’il y a encore fort à faire pour s’attaquer à la surconsommation qui existe encore dans les secteurs du diagnostic et de l’imagerie médicale.
"Bien que ce soit bien sûr autre chose que de la fraude. Mais s'attaquer à la surconsommation peut aussi donner d'importants résultats." Les hôpitaux ne commettent donc pas de fraude, ils font de la surconsommation.
Il y a trente ans, lorsque l'érudite épouse entama sa carrière clinique dans un grand hôpital de Flandre-Occidentale, elle fut rappelée à l'ordre par la direction après deux mois environ: elle avait autorisé l'achat d'un nouvel appareil digital d'électroencéphalographie (EEG) et celui-ci devait donc être rentable. Chaque patient avait quand même le droit de bénéficier d'un EEG ? Ou non ? Elle fut aussi poliment priée d'être plus solidaire avec tous ses autres collègues et leur envoyer un peu plus de patients… Lorsqu'elle quitta cet hôpital, on lui exigea le versement d'une somme supplémentaire parce qu'elle n'aurait pas effectué suffisamment de prestations techniques. Il n'y eut pas la moindre réaction de l'INAMI, ni du cabinet Dehaene à la suite de la plainte qui avait été déposée à ce sujet. Elle perdit son procès contre l'hôpital car le tribunal jugea que celui-ci n'avait fait qu'appliquer les us et coutumes de la région.
Il y a une quinzaine de jours environ, un médecin néerlandais qui effectue son travail de doctorat chez nous, exprima son étonnement du fait que les patients de son hôpital universitaire devaient chaque fois se soumettre aux mêmes examens de routine. Ne pouvait-on pas aborder cela plus simplement ? Ne disposaient-ils pas d'un Dossier Médical Electronique (DME) ?  
Dirk van Duppen, de l'organisation ‘Médecine pour le Peuple',  a mis le doigt sur la plaie: "Plus on fait d'examens, plus les revenus de l'hôpital et du médecin augmentent. Cela entraîne des abus."
La ministre libérale déclare qu'il faut éliminer les pommes pourries, mais elle ferait mieux d'en sélectionner les pommes intactes ou alors de jeter toute la corbeille.
Le SECM, composé d'anciens cadres des mutuelles qui sont donc les gestionnaires des hôpitaux, aura encore beaucoup de travail à faire pour lutter non pas contre la fraude mais bien contre la surconsommation.
 
Marc van Impe

Source: MediQuality

Nederlandstalige versie zie: De rotte appels liggen al dertig jaar in de mand.

12:22 Gepost door Marc van Impe | Permalink | Commentaren (0)