09 maart 2017

Un compliment à la femme


Je suis convaincu d’être plutôt intelligent, empathique, avide de savoir, courtois et prévenant, clair, précis et spirituel. Mais pour l’érudite épouse, je suis parfois un goujat qui oublie la ‘Journée des Compliments’, qui croit toujours avoir raison et qui le fait en plus remarquer haut et fort.


Vis-à-vis de mes amis qui fêtent la fin de la ‘Tournée minérale', je me montre bienveillant et je fais semblant de les écouter en leur donnant de temps en temps une réponse qui ne signifie pas grand-chose. Mais la conversation avec elle, du moins lorsqu'elle n'est pas à bout de nerfs en fin de journée, se limite souvent à un grognement du style « je te raconterai ça plus tard », dès que j'aurai l'occasion de m'asseoir à côté d'elle. C'est mon côté Jekyll et Hyde, deux personnages que je déteste profondément qui refont tout le temps surface.


Heureusement, elle n'est pas du genre à se laisser dire par un homme qui ne connaît rien et je me fais remettre à ma place. Mais de nombreuses femmes encaissent le coup tout en sachant qu'elles ont raison. Cela se passe aussi sur le terrain, dans les unités de soins et dans les cabinets. Ce n'est pas pour rien que des petits mâles règnent sur les syndicats de médecins, et d'autres. Je viens de lire le livre ‘Men Explain Things to Me' de l'écrivaine américaine Rebecca Solnit, qui se demande dans cet essai révolutionnaire pourquoi les hommes pensent toujours avoir raison. C'est le livre idéal pour celles et ceux qui continuent à rester sobre aussi durant le carême et qui veulent s'interroger sur le sens et surtout sur l'absurdité de l'existence.


Je connais un dentiste qui me donne la rage de dent avec son interminable pédanterie et son irrésistible pulsion de vouloir transformer tout le monde en légume. Un homme qui ne peut habiter ailleurs que dans un paysage vallonné afin de pouvoir fixer le vague horizon lointain de sa propre apparence d'autorité de ce regard suffisant que je ne connais que trop bien chez les hommes qui aiment s'étendre longtemps sur tous les sujets. Il est de ceux qui tapent volontiers sur le clavier pour donner une nouvelle fois libre cours à ses idées à la Trump.


Non, je préfère décidément la compagnie des femmes. Aux réceptions, aux fêtes, à table et dans le courrier des lecteurs. Elles sont élégantes, sensibles et délicates et savent beaucoup mieux que leurs pendants masculins quand il vaut mieux se taire.


Il y a bien sûr aussi des hommes formidables, comme les innombrables médecins et aussi les amis normaux que j'ai eu le plaisir de pouvoir rencontrer au cours de ma carrière et qui m'ont aidé depuis mes plus tendres années, qui ont lu mes modestes articles, ont écouté mes discours, m'ont encouragé et m'ont donné le coup de pouce qu'il fallait au bon moment. Mais je n'ai retrouvé chez aucun d'entre eux la sensibilité, la finesse et le réconfort, ce délicieux sentiment de bonheur que nous percevons quand nous sommes ensemble et que ‘nous sommes non seulement heureux d'apprendre quelque chose mais aussi d'apprendre quelque chose aux autres'. Avec cette petite bouffée de parfum qui flotte tout autour.


Je repense maintenant à tous ces hommes Très Importants. Ils transpirent la condescendance et l'utilisent pour pousser certaines femmes, heureusement pas toutes, à douter d'elles-mêmes et renforcent leurs collègues, les hommes, dans leur égocentrisme infondé. Les hommes, les vrais hommes, leur riraient au nez. Mais les femmes attendent poliment d'être hors de portée d'oreille avant de commencer à rire à gorge déployée.


C'est le moment des bavardages à propos de futilités ou de théories du complot et tous les genres s'y laissent aller, mais l'expérience m'a appris que la confiance en soi débridée et conflictuelle manifestée par de parfaits ignares est déterminée par le genre d'une personne. Les hommes veulent toujours tout expliquer, même s'ils ne savent pas toujours de quoi ils parlent. Du moins certains hommes.


C'est comme le fait de siffler une femme en rue, ou de l'y harceler – ce qui leur donne un moment le sentiment qu'il s'agit aussi de leur monde. C'est une sorte de ‘surdité' qui, associée à l'arrogance, rend impossible d'atteindre le moindre compromis. C'est ce qui rend parfois les négociations politiques aussi désespérantes.
J'évoquais dans un article précédent le harcèlement sur les lieux de travail. Ce n'est pas une question de vie ou de mort, c'est une question d'éthique. Le combat contre les Hommes qui Expliquent Tout est aussi mené dans les hôpitaux et dans les universités, les femmes y sont verbalement laminées, pour ne pas parler des innombrables femmes qui ne sont même pas autorisées à entrer au laboratoire, à la bibliothèque, à participer à la conversation, à la révolution ou même à faire partie de la catégorie des ‘êtres humains'.


L'essai intitulé ‘Men Explain Things to Me' a été écrit d'un seul trait en 2010 par l'écrivaine, comme elle l'explique elle-même. « Lorsque qu'une chose sort aussi vite, c'est qu'elle prenait forme tout doucement depuis des années quelque part au fond de la tête. Cette idée voulait tout simplement être écrite, elle désirait impatiemment se lancer sur le champ de course et a galopé à l'extérieur dès que je me suis assise à l'ordinateur. Elle s'est développée à un rythme endiablé. Et a aussi touché une corde sensible. Certains hommes ont cru devoir expliquer qu'il n'y a en fait pas phénomène déterminé par le genre qui dicte aux mâles d'expliquer des choses aux femmes. » CQFD.


Le site web ‘Academic Men Explain Things to Me' http://mansplained.tumblr.com/ rencontra rapidement le succès, des centaines de femmes universitaires y faisant le récit de la manière dont elles avaient été diminuées, mises sous tutelle, remises en question, et ainsi de suite. Le site n'est actuellement pas actif mais reste ouvert. Le terme ‘mansplaining' [une contraction entre les termes anglais ‘man' et ‘explaining'*] a été lancé peu après. Le terme ‘mansplained' est entré dans le langage journalistique politique courant en 2012, et a été un des meilleurs nouveaux mots apparus en 2010, selon le New York Times. Saviez-vous par ailleurs que le personnel scientifique indépendant de la plus ancienne université de notre pays ne compte que 27,4% de femmes ?
*Le néologisme français existe: ‘mecsplication'.

Marc van Impe


Le recueil d'essais de Rebecca Solnit intitulé ‘Men Explain Things to Me' se trouve sur internet: http://rebeccasolnit.net/books/. Elle est aussi l'auteure de ‘L'Art de Marcher', publié chez Babel. (Titre original : ‘Wanderlust: A History of Walking')

 

Source: MediQuality

20:32 Gepost door Marc van Impe | Permalink | Commentaren (0)

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