07 april 2016

Voici comment la presse travaille

Avez-vous aussi été frappés ces dernières semaines par le fait que les médias lancent quotidiennement la nouvelle d’une petite querelle qui secoue le Landerneau politique et dont vous n’entendez plus parler du tout deux jours après ? La querelle débute généralement dans l’un ou l’autre programme radiophonique quand un journaliste, qui demeure soigneusement discret, téléphone à un politicien qui est tout juste en train de prendre son café matinal, pour lui poser une question qu’il n’a pas imaginée lui-même mais sur laquelle toute la rédaction a planché durant une semaine entière.

La question commence par le préalable « est-ce vrai que… » et suit alors la supposition. Elle est souvent à ce point abracadabrante que vous pouvez aisément vous imaginer à travers une fantaisie animée comment un petit groupe de chevaliers de la plume légèrement éméchés sont capables de concocter une blague au café du comptoir du café "Au petit menteur". Le politicien se saisit, avale de travers et fournit en fin de compte une réponse qui fera passer des nuits blanches à son porte-parole pour tout le reste de la semaine. Dans le courant de la matinée, une fois la question reprise par les collègues d'autres émetteurs, le téléphone va sonner chez plusieurs politiciens. « Comment réagiriez-vous à la supposition selon laquelle… » Et la querelle est née.

Cette rumeur est, bien entendu, reprise à la réunion de rédaction du journal. Les chefs et les correspondants de la rue de la Loi vont pouvoir consulter leurs « sources bien informées dignes de foi ». Celles-ci doivent, bien sûr, à leur tour trouver une réponse raisonnablement cinglante. C'est l'après-midi quand les commentateurs se risquent à une première épreuve : une ébauche d'éditorial. Des spéculations ont libre cours à propos de la chute imminente du gouvernement alors qu'arrive le journal télévisé de dix-neuf heures. L'opposition a-t-elle préparé sa réponse ? On téléphone à des invités au débat de fin de soirée. Le réquisitoire connu est déjà transcrit : « vous nous dites bien maintenant que, mais…, » « est-ce que je vous comprends bien quand vous… » Ce sont toutes des affaires et des assertions dont la personne interviewée n'a jamais parlé, pas même imaginé, mais qui sortent tout droit du carquois d'un philosophe diplômé qui croit qu'il ou elle doit se mettre en évidence avant tout. Il est onze heures du soir quand les confirmations et les démentis commencent tout doucement à s'éteindre. Les journaux ouvriront sur cette information le matin suivant. Si les conditions ne sont pas favorables, la querelle peut encore persister un jour ou deux. Mais si cela se passe bien, plus personne ne s'en souciera.

J'y pensais en lisant dans le journal que Maggie De Block demeure la politicienne la plus populaire du pays. Les suspects habituels, Michel, De Wever et Peters ont heureusement eu la sagesse de ne pas tomber dans le piège béant. Et puis est survenue la fusillade de Forest. Même un philosophe ne peut rien y faire. Après toutes ces affligeantes manifestations et tous ces pénibles tambourinements, j'ai décidé de clore la journée en dégustant un petit verre très catholique de Malt Carolus.             

Marc van Impe



Source: MediQuality

08:50 Gepost door Marc van Impe | Permalink | Commentaren (0)

De commentaren zijn gesloten.