29 januari 2016

Docteur 2.0: tout est possible, rien ne se passe

Au cours d'une réception, nous refaisions le monde. Celui qui tenait tout le temps le crachoir était un jeune quadra, le port altier, convaincu de sa supériorité, glissant un regard condescendant sur toute l’assemblée et scrutant à répétition son smartphone. Car il n’était pas impossible que l’on ait désespérément besoin de lui quelque part. En tant que médecin urgentiste, il court d’une réunion à l’autre, cite des extraits de rapports annuels, d’agendas politiques, de plans de reconversion, de projets de rationalisation et d’expansion. Il se sent comme un poisson dans l’eau quand il se trouve parmi des consultants et des experts.

Selon lui, il est sa propre version 2.0. Il est l'homme qui remet chaque jour les pendules à l'heure dans toutes les pièces de la maison. Et cependant, il n'a jamais de temps à consacrer à un patient. On se demande vraiment pourquoi des personnes comme lui ont fait des études de médecine.

Je crois que les docteurs en médecine ont fait ces études en raison de leur intérêt pour les soins médicaux, et non parce qu'ils sont intéressés par la gestion et l'informatique. Les médecins préfèrent s'investir dans les affaires médicales. C'est bien ce qui explique pourquoi ils exercent au mieux leur profession au sein d'un petit cabinet, où il est beaucoup plus facile d'intégrer rapidement et de la meilleure façon qui soit les développements les plus récents.

Les hôpitaux, ont contraire, ont cette pulsion irrésistible de se développer pour passer à une échelle supérieure. La réussite y est jugée en étroit lien avec la croissance. Mais cela présente des désavantages: plus le champ d'action est étendu, plus tout changement devient rapidement un projet de taille onéreux.

La mise en place de nouvelles dispositions exige de surcroît beaucoup de temps et d'énergie. Le médecin ne dispose pas de ce temps. Sa liste de rendez-vous avec ses patients déborde, il doit constamment se mettre à jour, acquérir de nouvelles compétences et n'a ainsi plus un moment à consacrer à sa famille et à lui-même.  

2 .0 proclame que les médecins sont conservateurs, et il veut changer cette mentalité. Mais il se plaint de l'importance de la résistance. Il a parfois l'impression d'essayer de nager dans un énorme bassin de  gelée anglaise. Je sais d'expérience que les médecins n'aiment pas le changement. L'homme a l'esprit routinier en général et réussit chaque fois à pouvoir travailler de la manière la plus confortable qui soit. C'est ce qui fait que le médecin hospitalier a créé sa propre zone de confort et qu'il est dès lors si difficile de l'en extraire. Si tout se passait toujours aussi bien, pourquoi changerait-il?

2.0 nous parla encore des forces du marché et de la manière dont elles opèrent. Le positionnement de l'hôpital par rapport à son environnement. Il nous parla de sphères d'influence, de recrutement, de réseautage, de prestations de service…Les médecins qui se trouvaient en notre compagnie se regardèrent à la dérobée. Chacun d'entre eux a un agenda bourré à craquer, ils ont fait leur plein de patients, alors pourquoi y ajouter encore plus de travail, plus de patients. Les listes d'attente commencent à être appliquées de manière draconienne. Mais qu'il s'en aille donc avec ses forces de marché. 

J'en suis convaincu, cela deviendra un oratio pro domo. 

Il n'obtiendra pas le moindre changement de cette manière.

Je m'interroge: a-t-il déjà demandé à ses collègues ce qu'ils pensaient de ses projets? Cela pourrait être un modeste début. Il vaut bien mieux commencer à petite échelle, demander au médecin et au patient ce dont ils ont besoin, s'y adapter et oser s'arrêter, accompagner et recommencer. Je parie que dans un tel cas il ne se trouvera aucun médecin qui refusera de participer.

Marc van Impe

Bron : Medi Quality

09:10 Gepost door Marc van Impe | Permalink | Commentaren (0)

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