22 december 2015

A chacun sa solution

La question est de savoir quelle est la bonne foi ? Je crois que je suis plus juif que catholique. Voici comment m’est venue cette idée: je lisais dans une copie du Wall Street Journal qui traînait sur le bar de mon bistrot préféré en face du Berlaymont, la rubrique de conseils de Dan Ariely, professeur d’université américain et auteur de ‘Predictably irrational.’ Le titre me donne envie de télécharger la version électronique de cet ouvrage. Ariely affirme que ses lecteurs ne veulent pas entendre parler de ce qu’ils doivent faire, mais ils veulent en revanche savoir comment ils doivent envisager leurs problèmes. Il espère que les gens feront ainsi moins d’erreurs. Car nous créons nous-mêmes la plupart des tragédies de notre vie. Les questions reçues par Ariely ne sont pas moins sérieuses et pertinentes. Le Wall Street Journal n’est d’ailleurs pas non plus une publication pour les petits rigolos et les amateurs de sensations fortes. Car ici, on travaille sérieusement.
Un lecteur qui venait d'être paralysé, demanda ainsi s'il devait se suicider. Ariely, qui a lui-même survécu à un accident très grave – adolescent, il fut brûlé au troisième degré sur septante pour cent de son corps – ne cherche pas à éviter de répondre à de telles questions. Il en fut de même avec la question de savoir si c'était une faute d'avoir des phantasmes sexuels, comme celui de faire l'amour avec une autre femme, tout en honorant sa partenaire régulière. Un sujet délicat dont j'ai à l'occasion discuté avec mon ami le psychanalyste. Selon lui, il faut tout simplement traduire ses phantasmes dans la réalité. Ariely répond à la question en se basant sur l'attitude de deux religions: le catholicisme et le judaïsme. Pour les catholiques, les pensées peuvent constituer des péchés. Elles sont toutefois libres pour les juifs. Mais qu'est-ce qui est le plus grave en définitive, demande Ariely, le fait que vous ayez des phantasmes ou le fait que votre partenaire ne les connaît pas ? Et si vous le vouliez, comment feriez-vous pour les évoquer de la meilleure façon possible ? Certains défendent la position selon laquelle les rêves éveillés en disent bien plus sur la nature profonde de l'être humain que d'autres pensées, parce qu'il nous est possible d'influencer ces dernières. Mais il dit bien que les gens choisiront d'abord le confort et la sécurité, alors qu'il vaut souvent mieux prendre des risques et se livrer à des expériences.  
Cela me rappelle un vieil ami qui, arrivant à la moitié de la cinquantaine, décida qu'il était temps pour lui de laisser derrière-lui le train-train quotidien et les pressions de notre existence quotidienne. Il vendit donc tout ce qu'il possédait, mit une fin à sa carrière médicale bien remplie, suivit des cours de cuisine, apprit l'œnologie et partit pour les Cévennes dans l'intention d'y exploiter un gîte. Sa première femme eut vite fait de s'en faire une opinion. Sa nouvelle femme le quitta rapidement pour un de ses hôtes. Après deux ans de routine et de solitude sur une montagne de cailloux, après avoir eu de temps à autre un flirt qui ne comprenait pas le français, il se retrouva à côté de moi sur une petite terrasse du Sablon. Il est assis à la table en fer de la terrasse chauffée; fin de la cinquantaine, petit, musclé, le visage buriné, brûlé, portant la moustache mince et petite. Il tira une bouffée sur sa Gitane. Disait ‘quoi ?' à tout bout de champ et remettait donc tout en question. Est-ce que je n'aurais pas, par hasard, une amie libre à lui proposer ? Il avait perdu toutes ses illusions, voulait reprendre ses activités dans une clinique mais s'irritait déjà en songeant à tous les collègues potentiels qu'il allait devoir fréquenter et avait atteint une phase de développement que j'espère bien ne jamais atteindre. Il avait tourné la page du rêve. Il contemplait sans vergogne les ingénues bruxelloises qui exhibaient par ces chaleurs automnales, loin jusqu'au-dessus de leurs bottes, leurs jolies jambes parées de nylon noir. «A thing of beauty is a joy for ever" (Une chose de beauté est une joie pour l'éternité), c'est ainsi que débute "Endymion", le poème écrit par John Keats en 1818. Oscar Wilde, mais c'était un irlandais et non un juif, en aurait fait, ou aurait pu en faire, «A dirty mind is a joy forever.» (Un esprit libertin procure une joie sans fin). Mais en est-il réellement ainsi ? A voir la tête que faisait mon ami, je constatai qu'il n'en avait pas retiré beaucoup de plaisir. 
Ariely n'est pas arrivé au bout, et moi non plus d'ailleurs, mais j'aurais tendance à aller vers le judaïsme.
Son nouveau livre, ‘Irrationally yours', vient de sortir. Il s'agit d'un recueil de ses colonnes publiées dans le Wall Street Journal. La traduction néerlandaise, ‘Ariely weet raad' (Ariely vous conseille), publiée chez Maven Publishing et coûte 17.50€.
 
Marc van Impe

Source : MediQuality

Nederlandstalige versie zie: Een kwestie van het juiste geloof

21:20 Gepost door Marc van Impe | Permalink | Commentaren (0)

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